L’INFORMATIQUE ET LA DÉFICIENCE VISUELLE
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Déficience visuelle au Bénin: de l’autonomie à l’égalité.Pesanteur socioculturelle relative à la participation effective dans la vie active.

La vie de la personne déficiente visuelle « Lorsque l’enfant paraît, le cercle de la famille applaudit à grands cris », ajoutons quand il ne présente aucun défaut physique ou mental. Dans notre monde, la naissance d’un enfant handicapé dans une famille a toujours été conçue comme une punition divine infligée à sa famille. Aucune famille ne jubile à la naissance d’un enfant portant une déficience. C’est un état qui réduit sa victime à une certaine dépendance, avec pour conséquence sur la victime une condamnation à tort à une vie marginale. Il importe aussi de noter que le handicap, quel qu’il soit, n’est toujours pas de naissance. Il peut surprendre son porteur en pleine vie, causé par certaines maladies ou certains accidents et peut-être de types variés. À cet effet, un adage dit : « Qui vivra, verra ». Le type de handicap qui constitue l’essentiel de ce numéro est celui de la déficience visuelle. Justement, la déficience visuelle. C’est l’état de toute personne présentant une défaillance visuelle. Donc, la personne déficiente visuelle est celle-là qui ne peut bien voir ou ne voit du tout pas. Parfois certains emploient le terme « aveugle » dans un sens péjoratif. Cette réalité n’est pas sans répercussion sur la vie de ces personnes. Elles devront désormais faire face à toute forme de discrimination, d’abord subie dans leurs familles respectives, ensuite dans la vie quotidienne. Oh ! Quelle tristesse ! C’est impensable qu’un géniteur ménage son amour pour le fruit de ses entrailles. Ce faisant, comment ses frères et sœurs peuvent-ils le traiter autrement, quand on se trouve dans la logique de « tel père, tel fils » ou « telle mère, telle fille » ? Finalement, ce n’est plus la cécité qui affecte sa victime, c’est plutôt le traitement subi à cet effet. Ce qu’il faut en outre remarquer, c’est que ces personnes, une fois conscientes du traitement qui leur est infligé, se mettent à l’écart de toute affaire familiale. Elles ne prennent aucune décision, elles la subissent. On aime les voir à leur place, surtout quand les visiteurs ne peuvent les voir. Dans certains foyers même, on les cache, on étouffe leur présence dans la maison quand les étrangers viennent. Et quand une parole doit leur être adressée, ce n’est que pour les mettre en garde contre leur mobilité. La personne handicapée de la vue est marginalisée même par les personnes portant d’autres types de handicap. Tout porte à croire qu’elle est le plus grand monstre qui soit. Quel supplice ! Dans d’autres foyers, ces personnes sont de véritables sources de richesses. Mais, comment ? Dans ces familles, la personne déficiente de la vue consciente de ce qu’elle doit elle-même chercher son pain quotidien, se met seule ou parfois accompagnée dans les rues, implorant, parfois désespérément la générosité des passants : c’est la mendicité. Quand celle-ci dompte les cœurs, c’est un grand butin qui revient à la maison. Tout le monde est content. Dans d’autres pays encore, on aveugle même certains enfants à cette fin inique. C’est aussi à partir de cet instant que le pauvre déficient visuel commence à avoir des « amis », qui sont malheureusement, pour la plupart du temps des aigrefins. Les services sollicités sont aussitôt rendus, surtout quand on sait qu’ils ne seront pas sans intérêt. Voilà ce qui condamne ces personnes à partager. Mais, malgré cet esprit de partage contraint, il arrive à la personne déficiente visuelle d’assister à de larcins de la part de ses amis. Quelles indicibles souffrances ! Heureusement, la science a évolué, la personne handicapée visuelle aussi peut aller à l’école. Curieuse et bonne nouvelle. Oui, la personne atteinte de la cécité n’est jamais supposée être capable de faire comme les autres. Même si la science a évolué, la conscience ne l’a malheureusement pas encore fait. La personne déficiente de la vue n’est pas encore au bout de ses peines. Elle devra combattre un grand mal dont souffrent les esprits, l’incrédulité. Elle est condamnée, une fois inscrite à l’école, à promouvoir le travail bien fait pour remettre en cause la conception coupable que les autres ont de sa personne. Elle devra, par sa détermination braver la discrimination sous toutes ses formes. Elle devra se laisser aller à toute sorte d’obstination positive, susceptible de la conduire à l‘atteinte de ses objectifs. Elle devra profiter de toutes les opportunités pour faire valoir ses compétences et ne devra pas s’attendre à une victoire immédiate. En effet, les exploits que réalise la personne vivant avec le handicap visuel ne la rendent pas encore digne de la foi des autres, surtout de ses camarades. Lorsqu’elle arrive à occuper le meilleur rang, ses camarades pensent souvent que c’est son statut social qui lui vaut la faveur de l’enseignant. Voilà encore un autre calvaire. Le plus malheureux, c’est que les camarades ainsi supplantés commencent à ménager leur disponibilité à rendre service à la pauvre âme : c’est la jalousie. Mais, quelle est la position de l’enseignant ? Lorsque l’apprenant handicapé visuel arrive par son travail à arracher l’admiration de l’enseignant, celui-ci fait de lui le dernier recours en cas d’incapacité des autres élèves de répondre à ses questions. Et c’est à partir de cet instant que ceux-ci commencent à sortir de l’ornière de l’incrédulité. À partir de ce moment, une amitié est possible, mais toujours non sans intérêt. D’ailleurs, la personne handicapée visuelle a toujours gagné ses amis, même son âme sœur au prix de ses talents. Cependant, il y a d’autres enseignants qui, malgré les prouesses de l’apprenant déficient visuel, restent hostiles à la réalité de ses compétences. Ils disent souvent qu’il ne sert à rien de briller à l’école, quand après les études on doit retourner au crochet de ses parents. Voilà les propos malveillants de certains précepteurs, appelés à faire la promotion de leurs disciples. Lorsque l’élève déficient visuel arrive à briser toutes ces barrières pour se retrouver à l’université, haut lieu du savoir … Ici, il n’est plus la personne handicapée visuelle, mais plutôt un génie. Ici, c‘est la curiosité des camarades étudiants et des professeurs qui permettent au désormais étudiant déficient visuel d’éclore ses talents. Eh oui ! Tout bon acteur a besoin du curieux regard de ses spectateurs pour mieux jouer. Et quand ce spectacle prend fin, quand l’étudiant déficient visuel en fin de formation devient candidat à l’emploi, c’est la réticence des pourvoyeurs à son comble. Une fois encore son courage et sa détermination seront éprouvés. C’est ici qu’il devra être encore plus obstiné, plus tactique, plus talentueux, tout ceci dans le respect des normes revendicatives. Mais, mais, aucun cadeau ne doit être fait aux auteurs de la discrimination. Ils intimident pour émousser les ardeurs du combattant. La personne handicapée visuelle devra au préalable apprendre et retenir que c’est l’effort qui conditionne la victoire, que sa déficience n’est pas une fatalité. Elle devra cultiver la détermination des déficients visuels qui ont réussi à influencer l’histoire du monde. Cette fois-ci, la personne vivant dans les ténèbres de la cécité est condamnée à une démonstration de talent, à devenir Louis Braille lui-même. Mais, qui est encore celui-là ? Eh bien ! Louis Braille, c’est l’inventeur de l’écriture Braille qui sert désormais de code aux personnes déficientes visuelles du monde entier. Il était certainement voyant. Bien dit, mais pas jusqu’au moment où il inventa l’écriture. Louis Braille n’a jamais vu la couleur des objets qu’il utilisait pour inventer le merveilleux code. Il avait déjà perdu la vue avant de trouver la géniale idée. Bien d’autres personnes handicapées visuelles comme Louis Braille ont influencé et continuent d’influencer le monde par leurs talents dans plusieurs domaines de la vie. Nous avons le Béninois Roger Tchaou, appelé affectueusement Tonton Roger, grand musicien et animateur ayant fait ses preuves à la radio nationale du Bénin, le couple malien Amadou et Mariam, très célèbre dans le domaine de la musique, Gaëtan Mawuli AHOOMEY-ZUNU actuel député non-voyant, vice-président de la commission des finances et du développement économique à l’Assemblée nationale Togolaise également ingénieur génie-civil, enseignant à l’E.A.M.M.A.U et Chef d’entreprise, Brigitte MENSAH épouse Roger GOURIA avocate aveugle au barreau d’Abidjan en Côte d’Ivoire pour ne citer que ceux-là. La personne handicapée visuelle d’aujourd’hui est aussi capable de mettre ses talents au service de son pays. Un peu de foi en ses capacités, et le tour est joué. Désormais, la lutte des personnes déficientes visuelles pour leur indépendance ne doit souffrir ni de la réticence ni de la discrimination de la part des autorités à divers niveaux de notre pays. Qu’il leur soit permis de participer, au nom de la justice et à l’instar de leurs camarades non handicapés, aux différents concours, car la personne handicapée de la vue n’a pas perdu la tête pour chercher un emploi qu’elle ne peut assumer. Les personnes déficientes visuelles de nos jours savent bel et bien utiliser l’outil informatique. Que les lois discriminatoires soient abolies, et que la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH) ratifiée par le Bénin, ainsi que la LOI N° 2017-06 du 29 septembre 2017 portant PROTECTION et PROMOTION des DROITS des PERSONNES HANDICAPÉES en République du Bénin soient enfin appliquées pour mettre fin à l’injustice sociale subie par ces âmes. Il faut que l’égalité de tous en droits et en devoirs soit vraiment une réalité. Si l’État donne à tous le droit d’aller à l’école, il est tout à fait normal qu’on assiste à la même réalité dans le domaine de l‘insertion professionnelle. Personne n’a jamais eu la preuve de voir toute sa vie. Vous qui pensez que celui qui ne voit rien ne peut rien, retenez qu’il n’y a d’aveugle que celui qui refuse de voir, qu’on ne voit qu’avec le cœur, que l’essentiel est invisible à l’œil. Retenez aussi que la déficience visuelle n’affecte pas les compétences de sa victime. Aussi, la distance gardée vis-à-vis de ces personnes ne permettra même pas de voir le trésor qui est caché en elles, il faut s’approcher d’elles pour mieux les connaître, pour ne plus être esclave des préjugés. Il faut les mettre à l’épreuve afin de découvrir leurs forces de travail. Il se pose enfin la question de savoir ce que les autorités de notre pays feraient de ces personnes si le développement du pays devait inévitablement passer par elles. Joseph MOUSSA, la voix des sans voix.

Louis BRAILLE : Inventeur de l’écriture braille

Amadou et Mariam : Couple malien aveugle musicien

Roger Tchaou : Grand musicien et ex-animateur à la radio nationale du Bénin

Gaëtan Mawuli AHOOMEY-ZUNU : Actuel député non-voyant, vice-président de la commission des finances et du développement économique à l’Assemblée nationale Togolaise ; Ingénieur génie-civil ; Enseignant à l’E.A.M.M.A.U et Chef d’entreprise

Brigitte MENSAH GOURIA : Avocate non-voyante au barreau d’Abidjan en Côte d’Ivoire

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